Pourquoi j’ai arrêté les cours d’initiation

Déc 10, 2025 | Marketing | 0 commentaires

Le titre de l’article devrait être « Pourquoi j’arrête les cours d’initiation… et pourquoi vous devriez commencer à en donner », mais c’était trop long !
Je vous explique dans cet article mon point de vue à ce sujet.

Pendant plusieurs années, j’ai proposé des cours dans mon atelier et notamment des initiations au tournage. C’était un format que j’aimais bien : deux heures pour découvrir la terre, comprendre les premiers gestes, et voir quelqu’un repartir avec l’envie d’aller plus loin (ou simplement heureux d’avoir passé un bon moment).

Sur le plan financier, cela me donnait un revenu régulier et prévisible, ce qui est précieux quand on débute et qu’on est céramiste à temps plein. Mais avec le temps, ce fonctionnement s’est heurté à la réalité de mon espace et à ma manière de travailler.

Pourquoi ça ne me convenait plus ?

Il y a plusieurs raisons qui m’ont poussée à arrêter les cours. Et je précise que je ne regrette pas du tout cette décision !

L’organisation de mon atelier

Comme mon atelier est petit, je ne pouvais accueillir que trois ou quatre personnes. Et même si cela semble confortable, cela crée un modèle très énergivore : préparer l’atelier, faire le cours, ranger, gérer les messages, suivre les pièces… Pour un groupe réduit, cela demande presque autant d’énergie que pour un groupe plus large, sauf que le tarif doit rester accessible, et que la charge physique et mentale reste quasiment la même.

Ce décalage entre l’énergie donnée et la rémunération réelle est important : si vous donnez cours à 4 personnes pour 60€/personne, vous dégagez 240€ par cours. Il faut donner 8 cours par mois pour dégager l’équivalent d’un SMIC brut. 

Si vous donnez cours à 8 personnes en même temps pour 50€/personne, il vous « suffit » de 5 cours pour vous dégager ce SMIC brut.

Attention, c’est un calcul trèèèès à la louche ! Il faut faire un business plan pour vous assurer de la rentabilité d’un atelier !

L’envie d’aller plus loin

Avec le temps, j’ai réalisé que les initiations me frustraient : on survole tout. On montre un geste, on explique une notion, on donne un aperçu… mais on ne va jamais assez loin pour transmettre quelque chose de vraiment profond sur le métier. Beaucoup de personnes repartent avec l’impression d’avoir « touché » à la céramique sans comprendre ce qu’elle implique vraiment.

Et de mon côté, j’avais souvent envie d’accompagner plus loin. Mais le format de l’initiation, ou même du stage, ne s’y prête pas. On reste en surface, et j’avais la sensation de tourner en rond.

Cette limite a été un déclencheur pour la création de ma formation en ligne pour céramiste : j’avais envie de profondeur, de continuité, de construire un enseignement qui dépasse la simple découverte.

Une histoire de personnalité

On me dit souvent que ça ne se voit pas, mais je suis très introvertie, en plus d’être timide.

Cela ne veut pas dire que je n’aime pas les gens, ni que je ne sais pas transmettre. Au contraire : j’aime expliquer et partager.
Mais le contact direct me coûte énormément. Un cours d’initiation de deux heures, même très agréable avec des gens supers, pouvait me vider pour plusieurs jours. Je mettais du temps à retrouver mon énergie.

Aujourd’hui, mon travail a évolué. J’enseigne en ligne, et ce format me correspond mieux. Je peux expliquer en profondeur, aller dans le détail, structurer des contenus complets sans que mon énergie ne dépende entièrement de l’interaction directe.

Cela me permet aussi de préserver mon atelier comme un lieu intime, où je peux créer sans avoir à transformer l’espace pour accueillir du public. J’ai donc fait le choix d’arrêter les initiations dans mon atelier, parce que cela me permet de préserver ma santé, mon rythme et la qualité de mon travail. Je continue seulement quelques cours nomades quand le contexte s’y prête mieux, mais ce n’est plus le cœur de mon activité.

Pourquoi vous, vous avez tout intérêt à commencer à en donner

Même si je n’en propose plus, je pense que beaucoup de céramistes ont tout intérêt à intégrer des initiations dans leur activité. Ce n’est pas une obligation ! Mais c’est un formidable levier pour aller plus loin dans sa pratique et s’assurer un revenu pour faire de la céramique son métier à plein temps. 

Pouvez-vous donner des cours ?

J’avais écrit un article un peu énervée contre les vieux aigris de la poterie, sur le fait de donner des cours quand on a peu d’expérience. Je maintiens cette idée : il y a toujours plus débutant que vous. Même si vous êtes autodidacte, même si vous sortez tout juste du CAP, même si vous ne maîtrisez qu’une technique précise, vous avez déjà une expertise que quelqu’un d’autre n’a pas.

La spécialisation existe partout : que ce soit la technique (tournage, modelage, sculpture…), un décor (sgraffito, engobe, mishima, kintsugi…), le type de pièces (miniatures, bijoux, vaisselle, boîte, que sais-je !)
Chaque compétence que vous avez est parfaitement légitime à enseigner.

S’améliorer et prendre confiance en donnant des cours

Enseigner crée aussi un lien différent avec votre propre pratique. Vous observez les mêmes erreurs revenir, vous apprenez à expliquer plus clairement, vous perfectionnez vos gestes, et vous prenez confiance en vous. Beaucoup de céramistes me disent que c’est en donnant des initiations qu’elles ont compris ce qu’elles savaient vraiment faire. Elles ressentent beaucoup de fierté à transmettre et à voir le sourire de leurs élèves.

Donner des initiations vous apprend aussi à mieux organiser votre atelier, à le garder propre et rangé, à gérer les cuissons plus volumineuses qu’avec votre propre production, à planifier, à expliquer les délais, à poser un cadre… Ce sont des compétences dont vous aurez besoin plus tard, si vous choisissez d’enseigner à un plus grand volume d’élèves.

Le côté financier indéniable

Le volet financier pèse aussi très fort dans la balance. Vous l’avez sûrement déjà entendu : vivre exclusivement de la vente de pièces, c’est un défi, et beaucoup de céramistes finissent par proposer des cours pour stabiliser leurs revenus.

Il est objectivement plus simple de vendre un atelier découverte à 50 € qu’un mug au même prix. De plus, vous pouvez organiser des cours à l’avance sur un mois, et même plus si vous donnez des cours hebdomadaires.

Selon votre région, votre clientèle potentielle et votre spécialité, cette équation sera plus ou moins favorable. Certaines pratiques demandent un investissement lourd avant même d’accueillir un seul élève : si vous rêvez d’enseigner le tournage à huit personnes, il faut imaginer l’achat de 8 tours, donc un budget qui dépasse rapidement les 10 000 €. Un montant qui mettra du temps à être amorti.

À l’inverse par exemple, un atelier autour de bijoux en céramique par exemple, nécessiterait beaucoup moins de matériel, serait plus rare (et donc plus cher), se prêterait facilement aux déplacements. Cette dimension économique mérite donc d’être envisagée dès le début, car elle façonne la viabilité de votre future offre.

« Le niveau va se diluer si tout le monde commence à enseigner »

Je peux entendre cet avis, même s’il vient la plupart du temps des personnes qui ont peur de perdre leur clientèle et qui n’aiment pas que de nouveaux céramistes arrivent sur le marché…

Je n’adhère pas à cette idée. La dilution des compétences n’existe que lorsqu’on se présente comme experte dans un domaine qu’on ne maîtrise pas. Ce n’est pas l’enseignement qui pose problème, c’est le manque d’honnêteté.

Être transparente sur votre niveau, vos limites, vos forces et votre public suffit à garder un cadre juste.

On n’enseigne pas à de futurs professionnels si l’on n’a pas ce niveau. On accueille des personnes qui n’ont jamais touché de terre ou qui veulent simplement commencer. Et même entre céramistes expérimentés, personne ne maîtrise tout !

Une personne peut avoir vingt ans d’expérience en modelage sans jamais avoir tourné. Une autre peut être excellente au tournage et complètement perdue face à la fabrication d’un bijou. Il n’y a pas de dilution : il y a des spécialisations différentes, et elles ont toutes leur place.

La sécurité : le seul seuil à ne jamais franchir

En revanche, il existe un domaine où l’on ne peut pas improviser : la sécurité.

Certaines pratiques vues ou entendues me choquent. Conseiller d’installer un four dans un salon. Poncer sans protection. Émailler dans une cuisine. Ou encore transmettre des informations approximatives sur les risques des cuissons et des matières premières…

Avant d’enseigner, il faut se former aux règles de base : l’installation des fours, la ventilation, la poussière, les gestes de prévention, les produits à manipuler. Se renseigner, vérifier, apprendre. Et surtout, ne jamais hésiter à dire : « je ne sais pas », et à proposer d’aller prendre des cours complémentaires chez des céramistes qui forment sur ces sujets. 

C’est souvent la réponse la plus professionnelle !

Trouver son propre équilibre

En arrêtant les initiations, j’ai trouvé un rythme plus cohérent pour moi.

Mais mon rythme n’est pas celui de tout le monde !

Certains adorent recevoir du monde dans leur atelier et vivre cette énergie collective. D’autres préfèrent enseigner à distance. D’autres encore ne veulent que produire.

Ce qui compte, c’est de trouver ce qui vous nourrit, vous, et d’utiliser les cours comme un outil !

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Céramiste depuis 2020, j'ai créé ce blog pour vous partager mes connaissances.
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