Cette année, j’ai joué le jeu du Claytober : un mois entier à créer, filmer, monter et publier une création par jour. Un marathon créatif.
Et après 31 jours de publication non-stop, j’ai eu envie de faire un vrai bilan.
PS : les pièces sont en vente juste là !
Contexte du Claytober
Déjà un peu de contexte pour que vous compreniez ce qu’est le Claytober si vous n’en avez jamais entendu parler.
Ce concept autour de la céramique a été inspiré à la base par l’Inktober. C’est un défi créé en 2009 par Jake Parker, qui consiste à produire un dessin par jour, suivant des thèmes imposés du 1er au 31 octobre.
Comme les thèmes étaient parfois très difficiles à mettre en application sur de l’artisanat, certains ont eu l’idée de faire leur propre liste, plus orientée créativité et artisanat. On a notamment le Peachtober, créé en 2018, et donc plus récemment, le Claytober.
En 2025, c’est la liste de Charlotte de @Seven.pots qui a été la plus suivie par la communauté française des céramistes.
Le principe du Claytober est donc de faire une création par jour pendant 31 jours sur tout le mois d’octobre. L’idée étant aussi de partager son travail sur les réseaux sociaux, il faut également filmer, monter, publier chaque jour une vidéo en plus de la dite création (ou prendre une photo !).
Je savais que ce serait intense, mais je ne m’attendais pas à ce que ce challenge me fasse autant réfléchir sur ma pratique… et sur la façon dont on utilise les réseaux sociaux aujourd’hui. Voyons pourquoi ensemble.
Pourquoi j’ai voulu faire le Claytober
Cette année, j’avais plusieurs raisons de me lancer. Autant personnelles que professionnelles, à la fois pour les Jupitériennes que pour ma marque Moon Ceramics.
1. La curiosité et l’envie de tester
D’abord, j’étais curieuse. Je n’avais jamais fait le Claytober et j’avais envie de vivre le challenge de l’intérieur, pour mieux en parler à mes élèves, comprendre ce que ça implique réellement, et pouvoir les encourager ensuite avec du concret, pas juste des théories.
2. Le besoin personnel de créativité
Je voulais me remettre dans un vrai rythme de création, retrouver mon atelier, me plonger uniquement dans la terre. Octobre, c’est le moment où la tête est déjà tournée vers Noël, où on doit produire pour les marchés et les ventes de fin d’année. Participer au Claytober, pour moi, c’était une manière de me remettre dans une dynamique de production, tout en testant de nouvelles idées pour ma propre marque. J’avais envie de retrouver ce mouvement créatif que la routine du travail peut parfois éteindre.
Et sur ce dernier plan, le Claytober tient ses promesses !
C’est une expérience qui pousse à sortir de ses habitudes, à oser, à lâcher prise sur le résultat. Certaines pièces que j’ai créées ce mois-ci vont vraiment transformer la suite de mon travail. J’ai eu des déclics que je n’aurais sans doute pas eus autrement.
Je dirais que le meilleur apprentissage de ce type de challenge c’est qu’on réalise (je pense tous) qu’on est bien plus créatif qu’on ne le pense. Et ça dans notre métier ça fait du bien ![]()
Lauriane, de Llaudem Ceramics
Mais si le Claytober est un formidable outil pour une exploration artistique, il l’est beaucoup moins dès qu’on cherche à en faire un levier de visibilité.
La fausse bonne idée : faire le Claytober pour gagner en visibilité
Les chiffres
Je suis certaine que beaucoup de personnes qui ont fait le challenge cette année avait comme objectif de se faire connaître, de gagner en visibilité.
Après tout, on a vu des success stories incroyablement avec une visibilité qui a explosé sur les réseaux sociaux à la suite du challenge !
En réalité, aujourd’hui, ça ne fonctionne pas.
Cette année, j’ai publié tous les jours pendant 31 jours. Un réel par jour (à part le jour du thème CHAT), + environ 20 reels sur mon autre compte. Malgré cette régularité, ma portée moyenne est restée bien inférieure à mon nombre d’abonnés. Individuellement, même si les interactions ont bien été présentes, niveau visibilité, engagement et nouveaux abonnés, ça n’a pas fonctionné.
Au cumulé, oui j’ai eu beaucoup de visibilité sur le mois, mais à quel prix ? On en parlera un peu après 🙂
J’ai eu le même retour de la part de plusieurs personnes. Malgré la constance, les efforts sur la qualité des contenus, elles ont gagné quelques abonnés, mais pas plus que ça !
Une lassitude générale
J’ai aussi remarqué une forme de lassitude générale chez mon audience (d’autres céramistes me l’ont aussi confirmé). Plusieurs personnes m’ont dit qu’elles en avaient marre de voir passer du Claytober partout. Et je les comprends !
Ce constat m’a fait pas mal réfléchir. J’ai réalisé qu’à vouloir être partout, on finit par être noyée dans le bruit général.
Ce que les chiffres m’ont appris (de positif !)
Les statistiques m’ont quand même révélé des choses intéressantes : les vidéos qui ont le mieux marché ne sont pas forcément les plus travaillées, ni les plus belles. Ce sont celles qui ont parlé à ma communauté.
Ça parait super logique dit comme ça non ? Celle sur le nettoyage des poires à engobes, par exemple, ou celle où je montrais une technique simple pour faire des colombins, a très bien fonctionné en termes de nouveaux abonnés et d’enregistrements.
Et c’est normal : je suis formatrice. Mon audience vient chercher chez moi du concret, des astuces, des apprentissages. Ce que ce Claytober m’a rappelé, c’est que rester aligné avec son rôle et son univers est mille fois plus payant que de suivre une tendance.
Comment bien faire le Claytober
Si vous avez envie de faire le Claytober, je ne peux que vous y encourager, mais pas pour les mauvaises raisons.
1. Faites-le pour explorer, pas pour performer
Pourquoi c’est important ?
Parce que si vous le faites pour performer, vous pouvez être déçu·e à la fin. Alors qu’avec un unique objectif d’exploration, vous ne pourrez qu’être fier·e de vous.
C’est d’ailleurs ce qui ressort de la part de mes élèves et des céramistes qui ont fait le challenge : de la fierté 🙂
2. Choisissez un axe de création cohérent avec votre univers
Oui, le Claytober est fait pour l’éclater, tester de nouvelles choses. Mais de mon point de vue, c’était important de « limiter » le scope du challenge. Pourquoi ?
- Si vous apprenez des techniques et décors que vous ne réutiliserez jamais, tout ce temps passé n’aura servi qu’à moitié
- Si vous attirez des followers qui sont intéressés par des pièces qui sortent de votre univers, ils se désabonneront avant la fin de l’année ou resteront des followers fantômes
- Si au piiiiire vous explosez en termes de visibilité, vous serez bien content·e d’avoir attiré de futurs clients, et pas juste des spectateurs 🙂
Même si c’est l’occasion de dépasser ses limites et explorer de nouvelles choses, le Claytober pour moi devrait vous permettre d’approfondir votre langage, d’explorer votre univers.
Les autres avantages non négligeables du Claytober
Au-delà de l’exploration artistique, le Claytober apporte d’autres bénéfices. Voici une sélection, que j’ai vu ou qu’on m’a rapporté.
Point de vue technique de poterie
Plusieurs céramistes m’ont partagé à quel point ce mois de création leur avait permis de progresser :
- tester de nouvelles techniques
- gagner du temps sur leur production
- affiner les finitions de leurs pièces, mieux gérer les détails de certains décors
- structurer le temps à l’atelier
- mieux maîtriser le séchage des pièces (beaucoup de pièces du Claytober ont des éléments rapportés, je me suis faite avoir aussi malgré des années de pratique et beaucoup de mise en garde à mes propres élèves…)
Point de vue communication
Qu’on débute ou non, les progrès sont énormes sur ces points :
- apprendre à monter des vidéos, à faire des voix off
- gagner beaucoup de temps sur le montage et le process du montage, par exemple, de mon côté j’ai développé mes ptites techniques pour faire des montages en moins de 20minutes voix comprise, et j’ai pu faire un module pour mes élèves là dessus !
- pour les grandes débutantes, apprendre à faire différents formats instagram, des reels, des stories, des carrousel
- grâce au volume de publications, engranger des statistiques et voir ce qui fonctionne vraiment auprès de l’audience
Point de vue artistique
Là aussi, les retours sont très intéressants :
- Le challenge permet de lâcher prise, de se découvrir, de lâcher l’objectif de rentabilité pour certaines
- De prendre en confiance, autant sur ses capacités techniques que sur sa créativité. J’ai vu plusieurs céramistes sur les réseaux expliquer qu’elles n’avaient pas beaucoup d’imagination et de créativité, et pourtant, il faut voir les pièces qui sortent de leur esprit !
- Il y a aussi, pour les débutantes, la possibilité de creuser son univers, de découvrir ce qu’on aime vraiment faire.
Beaucoup ont eu du mal à trouver le temps, mais à la fin, la fierté l’emporte largement.
Toutes les céramistes interrogées pensent refaire le Claytober l’année prochaine, même si certaines m’indiquent qu’elles le referont différemment.
Attention au facteur humain…
Ce que j’ai aussi observé, c’est que le Claytober est un challenge émotionnel autant que créatif.
Au début, l’énergie collective est incroyable. Tout le monde se commente, se soutient, partage les créations des autres. Vous aussi, vous êtes plein·e d’énergie, vous soulevez des montagnes, vous passez des heures sur vos pièces.
Au début je n’étais pas sûre de faire le challenge car je n’avais pas le temps mais […] parfois grâce au collectif, à l’émulation, on se laisse prendre dans le truc, on lâche prise et la créativité se pointe !
Léa, de L’Atelier de Léa Louise
Mais à mesure que les jours passent, la fatigue s’installe et la dynamique peut s’essouffler.
La charge de travail est énorme : entre la création, le tournage, le montage, les légendes, les publications… c’est un vampire d’énergie ce challenge !
Certaines ont passé jusqu’à 10h sur une seule et même pièce ! Pour ma part, j’ai réussi à limiter mon temps et j’ai passé en moyenne 1h30 sur chaque pièce + le montage.
Quelles difficultés as-tu rencontrées ?
Le temps. Et le temps se répercute sur tout, l’énergie, les idées, la techniques donc la créativité en général.
Aurélise, de Petite Flamme Céramique
De plus, tout le monde est pris dans son propre projet. J’ai trouvé que l’esprit communautaire s’était un peu essouflé à mi-challenge, et si vous comptez trop dessus, cela peut être décevant.
Vous pouvez vous sentir très seul·e au final, avoir l’impression que personne est intéressé par vos oeuvres, alors que d’autres ont plein de commentaires et d’approbations. La jalousie peut s’installer, vous pouvez aussi vous sentir un peu nul·le en voyant les pièces incroyables des autres…
Bref, tout ça se cumulant, vous pouvez déprimer et c’est vraiment pas du tout le but du challenge !!
Réfléchissez bien à tout ça avant de vous lancer.
Via GIPHY, un Pedro Pascal qui résume à lui tout seul ce qui se passe durant le mois d’octobre.
Comment la discussion avec Llaudem Ceramics m’a fait remettre en question mon analyse
Pour écrire cet article, je suis allée poser des questions à des élèves qui ont fait le challenge et à quelques céramistes que je suis. J’ai notamment discuté avec Llaudem, qui est considérée par la plupart des céramistes comme la Queen du Claytober. Notamment parce qu’il y a quelques années, elle a décollé en visibilité grâce au challenge, et que depuis des années, elle nous régale avec des pièces plus belles les unes que les autres.
J’avoue que je ne m’attendais pas forcément à ses réponses, que j’ai trouvées très enrichissantes car éloignées de ma propre analyse.
Elle ne se pose pas mille questions sur l’algorithme, la visibilité, la stratégie ou les apprentissages derrière le Claytober. Elle crée, tout simplement. Elle m’a expliqué que « intellectualiser le Claytober serait la mort du fun« .
Forcément, je me suis remise en question 😂 Je passe mon temps à analyser, à décortiquer, à chercher à comprendre les leviers, à en tirer des leçons pour mes élèves. C’est mon rôle de prof, évidemment.
Mais son regard m’a rappelé quelque chose de fondamental : tout ne doit pas toujours être une expérience à interpréter, ou un contenu à optimiser.
Parfois, il faut juste faire.
Créer pour soi, sans chercher à plaire, sans se demander si ça « performera ».
Et c’est sûrement comme ça que doit rester le Claytober : un espace de liberté, loin des chiffres et de la stratégie.
Ma conclusion
Peut-être que je referai le Claytober un jour. Mais en gardant le Claytober comme un laboratoire. Un espace de créativité, d’expérimentation, de lâcher prise.
Et surtout, si vous souhaitez le tenter, choisissez votre rythme et vos projets avec intelligence.
En résumé : faites-le pour vous, pas pour les chiffres !
Découvrez des créations incroyables
Je n’allais pas terminer cet article sans vous présenter des pièces créées durant le challenge 2025 quand même !
En voilà une sélection, avec le lien vers chaque créatrice. Attention, les photos ne sont pas forcément celles des pièces cuites, je mettrai à jour quand je les aurai !
Modèle Notion pour le Claytber
Envie de faire le Claytober en 2026, je vous partage le modèle de suivi Notion que j’ai créé pour mes élèves.










